Les étudiants qui abordent les études juridiques font une double découverte : une discipline dont ils ignorent le plus souvent à peu près tout et une méthode de travail qui, à quelques exceptions près, ne leur est pas familière. Les difficultés qui peuvent en résulter se cumulent, la bonne connaissance du droit supposant la maîtrise des sources et de leur application pour le traitement des questions de droit incarnées sous la forme de différents exercices.
Il faut donc savoir gré à Mmes Céline Baaklini, Reine Daou et M. Bechara Karam d’avoir mis à profit leur expérience pour livrer aux élèves juristes et aux enseignants plus jeunes qui les assistent dans leur apprentissage une méthodologie de la recherche et des exercices juridiques. Ils y trouveront, d’une part, les voies d’un accès aisé aux différents éléments constituant la réalité juridique (les textes, les décisions de justice, les opinions des auteurs…), sous leurs différentes formes (les écrits sur papier et les supports électroniques ; les codes, les recueils de jurisprudence et les revues juridiques), d’autre part, la description et l’illustration, par l’exemple, des objectifs et des modes de résolution des problématiques énoncées sous la forme de dissertations, de cas pratiques, de commentaires de textes ou d’arrêts.
Apprise au début du parcours académique, la méthode sert en réalité, non seulement tout le long des études, mais également dans l’exercice des professions juridiques – même les exercices qui paraissent le plus théoriques. Les cas pratiques préfigurent les consultations juridiques. Les commentaires de lois ou de décisions de justice permettent de vérifier l’exacte compréhension des écrits qui, dans nos sociétés modernes, sont le réceptacle du droit. Les dissertations ont pour but de démontrer l’esprit de synthèse indispensable dans la présentation d’une question de droit, devant un employeur (chef d’entreprise, avocat senior…), un client (de notaire, d’avocat…), un magistrat… Dans tous, s’y développent l’art de la contradiction et la dialectique – le raisonnement pro et contra – caractéristiques du droit. Les fondements d’une bonne pratique, ceux aussi d’une réflexion critique sur le droit et sur la société qui le produit, dont nul juriste ne devrait se départir se trouvent dans cette méthode. Les étudiants débutants qui ne voient souvent que ses contraintes doivent le savoir pour vaincre leurs éventuelles réticences.
À notre époque où l’écrit cède souvent le pas sur le son ou l’image, ils doivent aussi connaître l’utilité d’exigences de forme qui leur paraissent encore plus rébarbatives. Pourquoi « perdre du temps », « se fatiguer » à recopier, selon des normes fixées dans une charte éditoriale, de longues références de textes, de décisions, d’ouvrages, d’études ou de commentaires doctrinaux ? Deux raisons absolument essentielles l’expliquent. D’abord, aucune réflexion juridique, qu’elle soit théorique ou pratique, n’est éthérée. Toute analyse pertinente s’ancre dans une réalité à laquelle les lecteurs doivent pouvoir remonter. Ensuite, le droit étant pour une part essentielle un dialogue, il faut s’efforcer autant que possible de parler la même langue. C’est à cela que sert la standardisation des références. Ce qui, en apparence, bride par sa rigidité, en fait libère. Le lecteur peut facilement identifier la source et s’y reporter, en vérifier la teneur, contredire l’exploitation qui a été faite et poursuivre le dialogue.
Au fil des années d’étude, puis de la pratique professionnelle, chacun éprouvera la nécessité et les limites des conseils qui sont donnés ici. Les nuances, les compléments et les corrections éventuelles apparaîtront progressivement. Mais l’essentiel est là ; dans cet ouvrage, dont les étudiants doivent s’imprégner le plus rapidement et le plus profondément possible.
